Le taux d’emprunt de l’État à 10 ans a dépassé 5 % cette semaine, une première depuis 2002, et Moody’s a laissé vendredi la note de la France inchangée. Les banques prêtent encore un point en dessous, mais les courtiers voient les taux moyens approcher 4 % sur 20 ans d’ici la fin de l’année.
Vendredi 23 octobre au matin, selon Saxo Banque, les parieurs du site Polymarket donnaient 93,5 % de chances à une dégradation de la France. Le soir, Moody’s a maintenu sa note à Aa3, avec une perspective négative. Selon l’AFP (Agence France-Presse), l’agence précise que cette notation « part de l’hypothèse qu’un budget de 2027 réduisant le déficit sera adopté ». La veille, le rendement de l’OAT (obligation assimilable du Trésor) à 10 ans avait touché 5,14 %, son plus haut niveau depuis 2002, après avoir franchi les 5 % en séance le mercredi. Il valait 3,6 % début janvier.
Pour un emprunteur, ce chiffre n’a rien d’abstrait. L’OAT sert de repère au coût auquel les banques se refinancent, et elles prêtent aujourd’hui en dessous : 3,7 % en moyenne sur 20 ans selon le courtier Vousfinancer, 3,66 % selon Pretto, hors assurance. « Les banques rognent donc sur leurs marges pour continuer à prêter. Cette situation ne peut pas durer indéfiniment et les barèmes vont continuer à augmenter dans les prochaines semaines, plus rapidement que nous ne l’avions prévu », prévient Julie Bachet, directrice générale de Vousfinancer. Son cabinet anticipe des taux moyens proches de 4 % sur 20 ans d’ici à la fin de 2026, puis de 4,5 % avant la présidentielle.
Le mouvement a déjà commencé. Les prêts signés en septembre sont sortis à 3,40 % en moyenne, contre 3,16 % en décembre 2025, d’après l’Observatoire Crédit Logement/CSA. Chez Meilleurtaux, le barème standard des banques partenaires, avant négociation, est passé de 3,69 % début septembre à 3,86 % mi-octobre. Pretto a converti la hausse en budget : avec une mensualité de 1 500 euros, la somme empruntable sur 25 ans a perdu plus de 7 000 euros entre août et octobre. Pour tenir leur projet, les ménages allongent la durée : au troisième trimestre, elle atteignait 21 ans en moyenne, et depuis janvier près de la moitié des prêts (49,8 %) courent sur 25 ans ou plus, selon Crédit Logement/CSA, qui relève dans le même temps une production en recul de 9,2 % sur un an en montant.
Le taux d’usure, piège des petits dossiers
Certains profils sont plus menacés que d’autres. Le taux d’usure, plafond légal du TAEG (taux annuel effectif global), assurance et frais compris, n’a progressé que de 0,11 point au 1er octobre : la Banque de France l’a fixé à 5,40 % pour les prêts de 20 ans et plus, 4,68 % entre 10 et 20 ans. Calculé sur les taux des mois précédents, il suit le marché avec retard. Sur un petit montant, les frais pèsent plus lourd dans le TAEG ; pour un emprunteur âgé, c’est l’assurance. « Ça va forcément bloquer pour les petits crédits et les profils âgés ou avec des problèmes de santé », résume Maxime Chipoy, porte-parole de Meilleurtaux. Les écarts se creusent aussi selon les revenus : sur 20 ans, Pretto attend 3,80 % pour les ménages les plus modestes, contre 3,40 % pour les plus aisés.
Le courtier Finance Conseil réclame de la souplesse. « [L]e taux d’usure doit protéger les emprunteurs sans devenir un obstacle lorsque les conditions de marché évoluent rapidement », plaide sa directrice générale, Sophie Ho Thong. Le HCSF (Haut Conseil de stabilité financière) a pour sa part maintenu le 15 septembre ses deux règles : 35 % d’endettement au maximum, assurance comprise, et 25 ans de durée.
Un sursis qui ne renverse pas la tendance
Le statu quo de Moody’s évite un choc immédiat sur les marchés, pas la pression. S&P, qui classe déjà la France en A+, rendra son avis le 27 novembre, et la BCE (Banque centrale européenne), qui a porté son taux de dépôt à 2,50 % en septembre, pourrait encore relever ses taux en décembre. Julie Bachet ne croit pas pour autant à un emballement : en novembre, les banques repartent avec des objectifs de production pour 2027, et le crédit immobilier leur sert à attirer de nouveaux clients. Les meilleurs dossiers devraient, selon elle, rester proches de 3,5 %.
Pour les autres, le conseil des courtiers tient en peu de mots : ne pas attendre une baisse et comparer les offres. Pour rester sous le plafond d’usure, mieux vaut aussi travailler le TAEG autant que le taux, en déléguant l’assurance ou en négociant les frais. Chez Meilleurtaux, près d’un point sépare déjà un dossier limite d’un dossier recherché.